dimanche 17 mars 2013

Publiée en janvier juste après les fêtes, j'ai envie de ressortir ce texte pour fêter la St Patrick en (re)mettant le vert à table, juste après la laitue!

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CHOUCHOUTONS-NOUS

Après nous être roulés dans la luxure du foie gras, imbibés de sauternes, dopés au homard, farcis de dinde, criblés de marrons, achevés à la bûche-crème-au-beurre et fait de la spéléo dans la galette à la recherche de la fève, croyez-vous que nous aspirons aux haricots  verts vapeur et au filet de poulet grillé comme à une panacée salvatrice ? Mais non voyons, contrairement à ce dont essaient de nous persuader les magazines de mode qui agitent dès janvier sous nos yeux la collection printemps-été moulante à souhait, il n’y a pas de repos pour les gourmands et gourmets assidus. Par contre, il est probable qu’une fois atteinte la concomitance de notre quota maximal de nourritures sophistiquées ingérées et du dangereux dégonflement de notre bourse, nous ayons envie d’un bon plat simple, pas cher, saisonnier et facile à faire – sans pour autant sombrer dans la moindre monotonie. Aujourd’hui, c’est l’Irlande qui vient à la rescousse de nos imaginations un peu sonnées par les agapes festives. Je vous propose un plat typique de là-bas (quel exotisme, hein ! Ca vous la coupe, je parie…) qui, si besoin était, prouve une fois de plus que chaque nation dispose au minimum d’un plat réconfortant, sans chichis, nourrissant et chaleureux susceptible de plaire universellement. Cousin pas très éloigné de notre stoemp national, le colcannon n’est autre qu’un mélange de pommes de terre écrasées avec du chou vert frisé et de jeunes oignons verts. Sa particularité réside dans l’emploi d’un chou vert très en feuilles (le « kale » ou « spring greens »), peu ou pas pommé, un peu comme nos maigrelets choux verts de printemps. Cependant, vous pouvez sans problème utiliser un chou vert frisé bien de chez nous. Par ailleurs, mettons en veilleuse notre fierté nationale car en matière de doryphores patatophages, les Belges peuvent se rhabiller face aux Irlandais qui se repaissent de ce tubercule à peine sevrés, et encore, je gage qu’on épaissit leurs biberons avec quelques cuillérées de purée…

SHOOTONS-NOUS A L’IRLANDAISE

Le colcannon constitue tant un plat d’hiver que de printemps, faisant appel à chou nouveau et oignons-fanes. Vous disposez donc de plusieurs mois pour vous verdir le teint jusqu’à la Saint Patrick et au-delà ! Pour 4, emparez-vous d’environ 1,5 kg de bintjes bien farineuses que vous cuisez en robe des champs, à l’eau ou au four, jusqu’à tendreté irréprochable. Pendant ce temps, faites étuver dans un peu de beurre une douzaine de grosses feuilles de chou vert taillées en julienne ; si vous aimez, vous pouvez les laisser légèrement croquantes. Ecrasez les patates cuites et épluchées avec le chou, assaisonnez et crémez d’une belle noix de beurre frais (je vous laisse juge de la quantité…) et d’assez de lait entier chaud pour obtenir une consistance pas trop coulante mais moelleuse ; terminez par une botte de jeunes oignons de printemps crus ciselés. Notez que l’association cru-cuit, outre le plaisir gustatif, combine les bienfaits des glucides assimilables, des sels minéraux, fibres et vitamines ; donc, que du bon pour vous – et y en aura encore pour dire que je suis Lucifer…  A proposer comme plat complet, ou à accompagner d’une tranche de bacon grillé comme en Irlande ; cheû nous, du bon jambon d’Ardenne ou du filet d’Anvers n’auront pas à rougir de se déguiser en charcuteries de la verte Erin…

publié dans Le Vif - Weekend en janvier 2013 (www.levifweekend.be)

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