vendredi 15 mars 2013

Japonaise, vous avez dit japonaise, la laitue? Petite illustration inspirée par le génial Haruki Murakami...


LAITUE SURGELEE

Lorsque Tengo, le héros de Murakami*, est réveillé par le téléphone en pleine nuit, il  se rend compte « qu’à la place de son cerveau, il y a de la laitue surgelée ». Et l’auteur, friand de détails matériels, de déconseiller au lecteur de surgeler de la laitue, « car une fois sortie du congélateur elle perd son craquant » or c’est là justement ce qu’on lui demande, à cette brave salade…alors, Murakami a-t-il raison ? Oui, et non ; car si, effectivement, rien ne vaut de belles et blondes feuilles croquantes s’ébrouant gaiement sous la vinaigrette ou, comme chez nous en Belgique, se prélassant dans la mayo pour nous offrir ce divin contraste de fraîcheur et d’onctuosité, de légère amertume combinée  à la richesse de l’assaisonnement, cette dodue pommée se complaît également dans une belle noix de beurre grésillant, où elle s’attendrit délicieusement jusqu’à ne plus ressembler qu’à une serpillère après reloquetage** du trottoir.  Aspect délavé, hippie shootée à la beûh et traînant dans sa longue tignasse, peau de vieux beau après une dizaine de liftings douteux, tout ce que vous voudrez ; mais quel goût ! Rien qu’à elle toute seule, la laitue fondue au beurre ou à l’huile d’olive est une délicatesse sans égale ; mais rien ne vous empêche d’y adjoindre, Ô gourmet(te), quelques oignons grelots  bien caramélisés avec une pincée de sucre et une cohorte de petits lardons qui l’escorteront gaillardement sans lui porter ombrage ; ou encore d’en entourer des pigeonneaux braisés aux petits pois, un grand classique qui en tant que tel a fait ses preuves depuis l’Arche de Noé, ou presque. Enfin, lorsqu’elle en trouvait à très bon prix, ma grand-mère les laissait entières en leur évidant le cœur et les farcissait de viande hachée, les ficelait avant de les braiser en cocotte (1 laitue par personne). Par ailleurs, c’est une façon exquise de ne pas gaspiller, car les feuilles vertes extérieures, que souvent l’on jette, se prêtent parfaitement à cet usage trop méconnu à mon goût : dommage, jammer***,  peccato !

*H. MURAKAMI, IQ84, tome III, chap.21
** nettoyer, en bruxellois
***dommage, en néerlandais

CREME DE LAITUE

Ma recette pour 4 personnes, 2 en 1 : effeuillez 2 laitues bien dodues pour ne garder que les 2 cœurs gros comme des pamplemousses, que vous garderez pour manger en salade. Lavez bien les feuilles extérieures, égouttez-les (rassurez-vous, c’est la seule partie un peu barbante de la recette qui par ailleurs est dérisoirement facile et rapide). Faites fondre les feuilles dans une noix de beurre ou à l’huile d’olive avec 2 gousses d’ail et 2 oignons moyens hachés, ajoutez 2 pommes de terre à purée pelées et en dés (ne lésinez pas sur la patate car la laitue, très riche en eau, donne une soupe très liquide). Mouillez d’1 l d’eau + 2 cubes de bouillon de légumes. Mijotez jusqu’à tendreté des pommes de terre, mixez, ajoutez 20 cl de crème fraîche. Rectifiez l’assaisonnement et servez bien chaud ; gourmand si vous proposez des croûtons faits maison (rondelles de baguette beurrées–persillées et passées au four). Alléger la recette ? Zappez beurre, huile et crème, divisez la quantité de patates et d’eau par 2, gardez les 2 cubes de bouillon pour le goût et adoucissez l’ensemble d’un peu de crème allégée : je vous promets que vous n’aurez pas l’impression d’être puni(e) ! Ah ben oui, c’est que votre tante Juju est solidaire dans votre héroïque croisade contre les capitons récalcitrants !

publié en automne 2012 dans Le Vif - Weekend (www.levifweekend.be)

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